« Abenno abto neh matakka, fugutto xaylo neh mataynaba ».

"On le fera n'est pas concrétiser, embrasser son enfant n'est pas l'élever"

C'était lors la signature de paix du 12 mai 2001qui eut lieu au Palais du Peuple entre le ministre de l'intérieur djiboutien de l'époque et le président du Frud Armé, le très regretté Ahmed Dini ( Paix à son âme). Un proverbe afar devenu le titre d'une chanson populaire de Abdallah Lee. D'un pragmatisme inquiétant, les paroles de cette chanson se voulaient à l'époque une invitation aux artisans de la paix à l'humilité, à la concrétisation des espoirs de tout un pays.

Quatre ans - et le clin d'oeil complice d'une Histoire qui s'est raillée de ces principaux acteurs - après, ne restent que les déclarations mievres, fantaisistes et outrecuidantes de la partie gouvernementale. Quant à ceux qui ont longtemps fredonné le refrain de la chanson et dont la morale plus que la politique cadence les actes de la vie de tous les jours, à ceux-là reste toujours la certitude que "l'heure du sursaut démocratique a sonné en Afrique [et que ] tout autre sursaut qui ne s'inscrit pas dans cette perspective appartient inexorablement au passé."

Ci-dessous trois analyses qui vous sont proposées dans Le courrier d'Arhotabba de ce mois.

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Phagocyter, phagocyter...toujours phagocyter.

Chacune de nos élections apporte son lot de feuilletons politiquement incorrects. Le dernier scrutin présidentiel n’a pas dérogé à la règle et a sublimé une nouvelle fois les bonnes vieilles habitudes qui prévalent sous nos cieux.

Florilège flamboyant de mensonges, d’omissions et de fausses promesses, la surréaliste campagne menée par le candidat sortant, a consacré le caractère sacré mais surtout indicible du premier mandat du Président.

La folle saga du mensonge a alors déroulé ses fastes maléfiques : Une lourde, complexe et frénétique machine électorale s’est mise en branle! Enjambant fièrement les prolégomènes et les exégèses souvent primaires pour chanter allégrement des dithyrambiques à l ’ endroit d ’ Ismail Omar avec en filigrane un credo réfrigérant: « Mettez le président sur la sellette et c ’ est le corbillard qu ’ on vous promets ».

Résultat au delà de tout soupçon et de toute contestation : Une réélection à 96,4% des voix!

L’ affaire entendue, l’épreuve pliée et nous voila à nouveau pris dans le tourbillon fébrile de nouvelles interrogations futiles : Une nouvelle escouade ministérielle?Un nouveau premier ministre?

Aux calandes grecques la très contestée présidentielle!

Il faut ainsi, en matière politique, accorder une chose à IOG , c’est sa capacité à tenir continuellement ce microcosme en haleine et à constamment garder l’initiative. Quitte à réprimer avec sauvagerie tous ceux qui prétendent la lui ravir. C’est à lui, et à nul autre, de proposer (avec le résultat que l’on connaît) .

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Des promesses qui n'engagent que ceux qui y croient

Les retentissants engagements pris par le gouvernement de la RDD, un jour de Mai 2001 au Palais du Peuple, avait suscité chez l’ensemble de la population djiboutienne adhésion , joie et espoir. Mais le constat, du paysage politique, auquel nous sommes confrontés au jour d’aujourd’hui est amère. Un accord de paix désossé, des promesses non tenues et des compromis non respectés:

- Des listes électorales fictives et malléables à souhait.

- Une CENI et un conseil constitutionnel subordonnés et tributaires du gouvernement.

- Une décentralisation toujours repoussée à des lendemains illusoires, avec à la base des textes remaniés et falsifiés par la partie gouvernementale.

Un rendez-vous manqué avec l’Histoire en somme!

À peine la campagne achevée, qu’on nous promets, comme à l’accoutumée une redistribution plus équilibrée des forces en présence, une gestion plus saine et autres profession de foi du même genre.

Mais que pensez de cela? Pas grand chose, si ce n’est que les promesses n’engagent que ceux qui y croient, les lambris de la République étant réservée aux thuriféraires du régime.

Comment pourrait il en être autrement?!

Le mode de fonctionnement, de distribution étant l’essence même du régime et de son maintien. Tout résultant d’un équilibre pernicieux régit par une allégeance à la prégnance indéfectible à la présidence et un pilastre ethnocentrique. L’ensemble excluant de par sa nature même les qualités de gestionnaire ou les statures des hommes.

Modifier cela s’apparenterait à une remise en cause de toutes les alliances présidentielles.

Le régime, peut il se le permettre en l’état actuel des choses? En aura-t-il le courage?

-A la vue du déroulement du dernier scrutin présidentiel, des alliances scellées et de la thérapeutique tout en subtilité réservée aux manifestations pacifiques, il est raisonnablement permis d’en douter.

-Non parce que le courage politique ça ne se décrète pas, ça ne s’invente pas! Ce sont des faits, des initiatives! Il faut la volonté de construire une nouvelle démarche avec les différents acteurs politiques mais également s’en donner les moyens. Cela passant par des modifications en profondeur des textes et une séparation solide des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Tout cela relevant du fantasme pour le moment à Djibouti.

Les ministres et éventuellement le premier ministre constituants des victimes expiatoires toutes indiquées pour feindre un début de lucidité.

Ceci étant, écrasés sous les marteaux pilons des calembredaines, les djiboutiens sont en train de perdre goût aux calembours.

 

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Premier des ministres, nommé par le Président et pour le Président 

Le poste de premier ministre; un poste symbolique, sans aucune prérogative réelle et qui aiguise pourtant bien des convoitises.
Traditionnellement dévolu à un Afar - et contribuant par là même à ancrer insidieusement une pratique pour le moins ubuesque -, les postulants au poste se livrent en coulisse à un lobbying ( stérile?) pour le moins acharné.
La constitution djiboutienne, qui concentre tous les pouvoirs dans l’escarcelle du chef de l’état, le relègue au rôle de simple assistant, sans responsabilités notables; son choix est laissé à la discrétion exclusive du Président de la République.
Ses activités essentiellement protocolaires et consultatives le cantonnent à la fonction de bouffon du Roi prenant rang parmi « les joyeux drilles réunis continuellement pour officier». Entre les inaugurations et les réunions informelles, le premier des ministres se retrouve bien à l’étroit entre l’omnipotence du président et des ministres intouchables.
Il se retrouve alors condamné, de fait, à subir l’étroitesse de l’oripeau, impossible d’initier ou de ponctuer la moindre de ses initiatives sans l’approbation du chef. On appréhende donc aisément le fait que sa nomination réponde à un cahier de charges minutieux, consubstantiel de la grille de lecture du présidentiel (exclusivement) ayant pour but ultime de ne jamais le desservir.
Il devra être doté d’une personnalité suffisamment effacée pour n'avoir d'autre ambition que celle d'être l'homme d’Ismail Omar.
Les personnalités compétentes, avec un minimum de savoir faire, une assise politique ou capables d’initiatives en dehors de la mouture des lettres de recommandations et donc à même de redresser ou de faire bouger le navire, sont écartées afin de ne pas escamoter l’auréole présidentielle.
Bocardé ou admonesté régulièrement, il doit être doué de solides qualités de boxeur: Encaisser et tenir sur la durée en trouvant, au fond de soi, ce qu’il faut pour traverser périodiquement les mises au bans, voire les désaveux flagrants pour ne pas dire les humiliations.
Entre un Palais aux aguets, les cabales des courtisans et les rancœurs des acteurs politiques, le premier ministre en est réduit à jouer au funambule avec pour seul balancier la rente de sa situation.
Un sparing-partner funambule qui ne pourra se chercher une légitimité autre que celle qui lui a été octroyée depuis le Palais d’Haramous. Il se devra d’être le maillon indéfectible de la spirale délirante de la désinformation.
Dans cette perspective, faute de nouvelles et très improbables résolutions au Palais de l’escale, il n’est pas exclu que l’actuel PM rempile ou que pour « changer dans la continuité » ce soit un candidat du même acabit qui prenne le fauteuil.

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