Le Courrier d'Arhotabba

 Numéro 00 - Automne 2000

Présentation : Le Courrier d'Arhotabba

Editorial : Vers une approche pragmatique...

Social : Khate et tais-toi !

Internationnal : Petit chérif deviendra grand

Chronique Santé : L’hypertension ou la mort par surprise

 

"Le courage existe seulement où il y a du bon sens et non l'emportement irraisonné du moment". René Ouvrard

        Au-delà de l'évidente contribution d'Arhotabba à la découverte du kaléidoscope culturel afar, notre tribune ambitionne également de fédérer les démarches éparses dans le cadre de la nécessaire réflexion sur le devenir et l'épanouissement de notre communauté au sein de la nation djiboutienne mais également d'instaurer un dialogue véritable et sincère entre les différentes composantes de cette même famille et cela au delà des contingences et des vicissitudes de l'actuelle situation.

        Le but n'étant point de se lancer dans de violentes philippiques ou dans des invectives incendiaires à l'égard d'un tel ou un tel... C'est un diagnostic global que nous nous devons de réaliser...

        Dans les pays occidentaux, le pluralisme politique avait prospéré au sein de sociétés cohérentes, où un fort d'un consensus social existait, pour qu'on put tolérer une opposition sans mettre en péril la survie de l'état! Mais lorsqu'une nation n'existe pas encore ou lorsque son système de fonctionnement, de valeur est complètement bouleversé, toute opposition apparaît comme un danger compromettant son avènement, surtout lorsqu'il n'existe pas de société civile!

        Dans ces conditions, la tentation est trop forte souvent irrésistible d'associer opposition et trahison.

       La liberté n'est pas une aumône, c'est un droit irréfragable...

        L'état, qui se doit de préserver sa neutralité, ne devrait pas intervenir dans le champ culturel, puisqu'il est impensable qu'un consensus puisse exister en cette matière! C’est au nom du même principe d'équité (qui commande de traiter également tous les citoyens) que l'état doit éviter de promouvoir la culture d'un groupe donne! C’est Rawls qui énonçait que "la justice libérale ne saurait sans se contredire, reconnaître des droits culturels collectifs"!

        Il faut savoir séparer le bon grain de l'ivraie. Il ne suffit plus de frapper à doses homéopathiques ou d'espérer que des tactiques à court terme continueront d'être payantes...On ne peut continuellement épiloguer avec componction sur le ralliement des brebis égares...

        Dans cette optique, l'équipe d'Arhotaba se propose dorénavant de donner corps à cet esprit à travers une nouvelle rubrique:"Le courrier d'Arhotaba": une kyrielle d'articles de presse, une synthèse hebdomadaire de vos commentaires, de vos avis et enfin l'éditorial ou nous tenterons d'aborder un sujet particulier ou un article qui aura focalise notre attention, seront désormais les ingrédient du "Courrier d'Arhotaba".

        Nous espérons donc que chacun d'entre vous, jeunes et moins jeunes ,contribueraient de manière décisive à faire évoluer le débat...Il a toujours été préférable de resserrer les divergences dans une atmosphère de confiance...Un schéma thérapeutique ne s'improvise pas!!!

A vos plumes.....

L'EQUIPE D'ARHOTABA


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Editorial

"Partout où une 

civilisation réduit à son 

degré minimum l’arrière 

plan obscur de la 

différence, elle finit par se 

pétrifier"!!

Vers une approche pragmatique...

 

        L'état de déliquescence avance dans lequel semble se complaire notre état est la stratification d'une part ,d'un certain nombre de conjonctures ,d'un certain nombre d'erreurs d'appréciation et d'autre part de la passivité de notre communauté. Nos dirigeants sont passes maître dans l'art de susciter les convoitises ,de faire vaciller les vertus politiques et d'opposer les appétits .Ils en sont réduits à de routinières pitances et de laborieuses improvisations....Ils ne s'acquittent de leur semblant de mission que par les seuls moyens de coercition et par la seule voie de l'injonction que des réflexes viscéraux de défiance et d'autorité pilotent sans vergogne .C’est une crise de représentativité et de légitimité, de probité et d’intégrité, de responsabilité et de gestion, de structuration et d’organisation, de pouvoir et d’administration. Elle a une dimension culturelle et identitaire .Elle est économique et sociale.

 

        Le constat est à la portée de tous, facile à réaliser:une once d'intégrité intellectuelle ainsi qu'un soupçon de lucidité et le "diagnostic" est pose...La partie la plus difficile étant celle de l'étiologie de la pathologie à savoir son origine intrinsèque. Certains expliqueront la situation par une rivalité socioculturelle ancestrale ,d'autres y verront les acoquinements prébendiers d'une minorité....Dans un milieu où mijotent haines recuites et jalousies flamboyantes, les imprécations font office de programmes politiques. 

 

        Bref nous appelons tous a un changement!un changement radical.. Mais y sommes nous véritablement prêts?Afars, non afars, djiboutiens:Il n 'existe pas une acceptation minimale des règles du" jeu",ni de consensus en la matière!! 

 

        Voila pourquoi notre processus de démocratisation sera long et difficile...Il est tout a fait utopique d'espérer ou de croire en l'aboutissement immédiat de la démarche entreprise par certains responsables politiques....Le postulat néo-colonial ,à savoir qu'il existe une marque déposée de démocratie a révèle dans d'innombrables cas ses imperfections, ses ignominies, ses absurdités, ses ambivalences! 

 

        La démocratie résulte d'abord d'un processus interne d'ordre économique ,culturel et social et d'étapes assurant la pérennité des acquis .Une véritable dynamique reposant sur le trépied de la patience, de la pugnacité et de la conciliation. Malheureusement, il est devenu rédhibitoire d’émettre des vues d’esprit de ce type : on vous affuble immanquablement de « thuriféraires » du régime ou de « relativisme culturel » .Comment certains peuvent ils se permettre d'hypothéquer l'avenir d'un peuple par des surenchères d'une bassesse inavouée ?L’hostilité affichée par bon nombre est conjoncturelle et foncièrement opportuniste .Elle cache une bienveillance structurelle dont les corollaires expliquent la longévité de ce type de régime . 

 

        Ne nous méprenons pas, beaucoup tournerons et retourneront leur vestes…mais toujours du bon côté .Faisons preuve de lucidité ,c’est notre façon de voir ,d’appréhender les choses par le seul spectre tribale qui pose problème .Changer de forme en ayant au préalable éluder le fonds nous ramène toujours au même point .Les coalitions hétéroclites qui se forment ici et la, par delà les fondamentales différences inhérentes à leur genèse ne se retrouvent que dans un seul but :ratisser large ! Ne tentons pas le diable !!!!! Les attentes maximalistes sont certes des plus légitimes mais politiquement inconcevables. Pour ceux qui avancent la rupture comme perspective politique.. Très bien.. Et puis quoi ?C’est repartie pour se constituer son pactole de chair à canon ?C’est cela votre solution…On vous attends en première ligne… 

 

        A vouloir comme beaucoup, mettre la charrue avant les bœufs, on risque dans un futur proche de se deprendre d'un sentiment lugubre de gâchis .Nous ne devons pas distinguer entre éthique de responsabilité et éthique de conviction....C'est en conciliant au mieux nos sensibilités et tropismes que nous atteindrons notre but...Une Moralité sélective est préférable a un cynisme universel..

       

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Social

Khate et tais-toi !

        Pendant qu’une culture politique balbutie dans les mabrases, temporaires exutoires pour échapper à la dure réalité( chômage, arriéré de salaires, manque de soins…), la démagogie d’une poignée de stentors continue à s’accaparer du denier public pour assouvir ses caprices. L’une des premières mesures «économiques» du gouvernement n’a-t-elle pas été la baisse du prix du khat ?        À Djibouti, la conscience citoyenne existe le temps d’un «khatage», le temps d’un flottement où le citoyen est conscient du rôle important qu’il doive jouer pour changer le cours d’une partie du destin du pays. Les vrais remèdes à la crise politique, économique et sociale que traverse le pays sont alors discutés, revus et corrigés à maintes reprises, sans parler des châteaux à construire en Espagne…        Normal, après tout, que la presse officielle, la seule qui ait pignon sur rue, se réclame de ce citoyen bizarroïde et s’acharne avec virulence sur les opposants !        Rien ne viendra et la saison est nulle dit le poète. Rien ne changera tant que les reformes attendues comme, entre autres, l’épanouissement de la liberté d’expression, l’irruption d’un contre-pouvoir, une culture politique bien ancrée, le sens de l’état et du service public, une armée républicaine(…) serviront de décor à l’onirisme toxique auquel s’adonne quotidiennement la majorité de nos concitoyens. Pourtant il suffirait d’un peu de volonté de la part de tous, et en particulier du gouvernement dont la politique de Gribouille actuelle ne constitue nullement la panacée pour un réel changement politique. Vénalité et démagogie ne payent pas toujours quand bien même on lirait religieusement le Prince de Makiavel !

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International

Petit chérif deviendra grand

        Avec l’arrivée de Bush junior à la maison blanche, les républicains font un retour remarqué à la maison blanche après une absence de huit années où les démocrates de Bill Clinton ont façonné, non sans incohérence la politique étrangère de l’oncle Sam. Le nouveau président n’a pas perdu son temps pour afficher son penchant pour le western qu’il affectionnait dans son Texas où, gouverneur, il a expédié plusieurs de ses compatriotes à la chaise électrique.

        Ouvrant le bal avec les bombardements sur l’Irak, le jeune chérif, entouré d’une équipe formée à l’école de la Guerre Froide, décide d’expulser des diplomates russes qu’il accuse d’espionnage. Le comble c’est que l’avion américain intercepté la semaine dernière par la chasse chinoise est bourrée d’appareils électroniques conçus pour l’espionnage, d’où la tension actuelle entre les deux pays.

        Depuis la fin de la Guerre Froide, l’Amérique se cherche un ennemi à sa taille.

        En 1996, Samuel Huntington, politologue américain, proposait dans son livre - Le choc des civilisations - une nouvelle vision de l’équilibre mondial. Selon lui, le monde de demain sera un monde multipolaire où les grandes zones culturelles et religieuses constitueront une menace potentielle pour les valeurs de l’Amérique.

        Huntington voit en l’Islam et le Confucianisme(la chine ) les futurs concurrents de Washington sur l’échiquier international. Cependant, cette thèse ne tient pas debout puisque des conflits persistent au sein même de ces civilisations (Algérie, conflit classique opposant l’Inde au Pakistan …).

        Fini donc le temps des démocrates de Bill Clinton dont la philosophie néo-libérale se réclame plus du wilsonisme (libre-échange commercial, promotion de la démocratie…) et d’Emmanuel Kant selon qui « les régimes démocratiques ne se font pas la guerre entre-eux ». Même si l’administration Clinton n’a pas été pacifiste, il n’était pas question de remuer le spectre de la guerre froide.

        Les néoréalistes républicains du nouveau millénaire sont plus belliqueux et ne cache pas leur désir de relancer la course aux armements avec le bouclier antimissile, sans parler de leur décision de ne pas appliquer le protocole de Kyoto pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre qui menace la planète bleue.

        Le pire dans tout ça, c’est que nous africains sommes le dernier souci de cette nouvelle administration. Guidée par un «réalisme crasse», la politique étrangère du nouveau chérif appliquera à la lettre la doctrine Powel qui signifie, entre autre, « qu’il n’y aura plus aucune mission de maintien de paix». En d’autres termes, les populations civiles victimes des conflits de basse intensité qui ravagent le continent, ne rentrent plus dans le calcul glacial de l’intérêt national américain !

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Chronique santé

L’hypertension ou la mort par surprise

        Bien présente en Afrique où elle fait des ravages, l’hypertension touche environ 10% des jeunes adultes et 50% des personnes âgées selon le professeur Edmond Bertrand.

        Il faut mesurer la pression artérielle régulièrement chez le médecin pour reconnaître la maladie ; au moins tous les cinq ans et ce, même en l’absence de tout signe. Les chiffres à surveiller alors sont, chez un adulte, maximum 12cm de mercure, minimum 8. On parle «de tension limite»lorsqu’elle est entre 12 et 14 pour la maximale et entre 8 et 9 pour la minimale. Faut quand même être prudent avec ces chiffres en tenant compte de l’âge, l’état du malade et les signes associés à la maladie.

        Justement les symptômes précoces de la maladie sont nombreux : maux de tête la nuit et au réveil, vertiges, bourdonnement d’oreille, petits troubles(mouches volantes, à distinguer des vraies mouches de la place qui porte le nom de l’insecte à Djibouti), fourmillements au bout des doigts, ou hémorragie nasale…

        D’autre part, les personnes anxieuses sont les plus touchés par la maladie. Et dans 95% des cas, toujours selon le professeur Bertrand, il n’y a pas de cause précise : l’artériosclérose (dépôt de cholestérol), qui tend à boucher les artères, dont à augmenter la pression ; l’excès de sel, qui retient un excès d’eau, lequel augmente aussi la pression ; le dysfonctionnement du système nerveux, qui va faire des spasmes sur les artères ; le tabac, qui spasme aussi les vaisseaux ; l’excès d’alcool sous toutes ses formes et même l’augmentation du débit du cœur. L’hérédité semble jouer un rôle, en particulier dans les populations noires ; d’où une attention particulière dans les familles d’hypertendus.

        Les malades atteints par la maladie doivent diminuer fortement le sel dans l’alimentation, augmenter la consommation de fruits et de légumes frais, maigrir si l’on est trop gros, consommer du poisson plutôt que de la viande, utiliser des huiles végétales, le beurre est à déconseiller ! Le khat (eh oui !) et le tabac associés à l’hypertension est néfaste pour le cœur et les artères. Enfin, il faut pratiquer une activité physique régulièrement.

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